Pamplemousse, un ami qui vous veut…

C’est une histoire cyclique qui revient souvent, à grand coup de média, de pseudo informations, d’articles plus ou moins accrocheurs : le pamplemousse serait dangereux pour la santé !
On pourrait organiser des jeux concours sur les titres racoleurs :
« Le jus de pamplemousse, le retour »
« Alerte aux pamplemousses tueurs »
« Le pamplemousse, le meilleur ennemi des Français »

Bref, tout une série de titres pour alerter le grand public de la dangerosité du pamplemousse. Mais si la consommation de pamplemousse augmente avec l’arrivée de l’hiver (normal, et en plus c’est bourré de vitamines !) c’est assez rigolo de voir que ce sujet n’est pourtant jamais abordé en début d’été, lorsque ces mêmes sources vantent les plaisirs du rosé… pamplemousse !

L’ASNM (et même l’AFSSAPS par le passé, ce qui est la même chose mais prouve que le problème ne date pas d’hier) a fait une mise au point, publiée le 29 novembre.

NON le pamplemousse ne fait pas diminuer l’activité des médicaments
OUI le pamplemousse peut majorer (donc augmenter) les effets indésirables de certains médicaments

Mais alors pourquoi ?

Un médicament, quand il est absorbé par le corps, va dans le sang, il agit, puis il s’élimine. Les effets indésirables sont souvent dus, soit à un manque de spécificité (la molécule traite le problème, mais agit également là où pourtant il n’y a pas besoin) soit par une élimination trop lente ou une absorption trop grande, donc une accumulation de produit dans le corps (ce qui revient aussi à une prise trop importante : surdosage).

C’est là qu’intervient certaines molécules du jus de pamplemousse. Ces dernières vont agir sur une enzyme appelée : cytochrome. Il existe plusieurs forme, dont le cytochrome P450, qui comporte plusieurs isoenzymes, dont la CYP3A4, avec laquelle interagit le jus de pamplemousse.

Les médicaments en question sont :
– médicaments contre le cholestérol (la simvastatine = Zocor®, l’atorvastatine = Tahor®)
– médicaments immunosuppresseurs (ciclosporine = Néoral®, tacrolimus = Prograf®).

On peut également citer des :
– Antiarythmiques (dronédarone = Multaq® et l’ivabradine = Procoralan®),
– Antidépresseur (la sertraline = Zoloft®),
– Anticancéreux (le docétaxel = Taxotère®).

A retenir : aucune publication scientifique n’a mis en évidence de risque de baisse d’efficacité d’un traitement antibiotique, anticancéreux ou contraceptif en cas de consommation de pamplemousse.

Le pamplemousse est bon pour la santé.
Les médicaments sont des produits pas comme les autres, et il existe des multitudes d’interactions (entre médicaments, mais aussi avec des aliments). Ici il s’agit du pamplemousse, mais le chou et les tomates interagissent avec des anticoagulants par exemple. Et pour autant, il n’existe pas de tapage médiatique sur le sujet.

Au final :
Continuez de boire et manger du pamplemousse
Lisez ATTENTIVEMENT les notices des médicaments, ou demandez conseil au pharmacien
Et évitez le « rosé pamplemousse » au petit déjeuner…