Dans l’édition du Bulletin Épidémiologique Hebdomadaire du 22 janvier 2013, nous pouvons lire un article de Karine Laaidi explorant l’impact sanitaire des épisodes de froid, neige et verglas de l‘hiver 2010-2011 dans 4 région françaises.
Même si la période actuelle, très froide, occupe largement les média quotidiens, il faut se rappeler qu’il y a deux ans, des épisodes froids avaient lieu en France. En effet, le territoire a été frappé par des épisodes de neige, de verglas, susceptible d’entraîner des augmentations significatives de traumatismes, de pathologies infectieuses, voire une surmortalité. Dans cet article, nous découvrons une analyse fine, a posteriori, afin d’évaluer l’impact sanitaire du froid hivernal et donc de pouvoir envisager des préventions ciblées.
La période analysée s’étend du 1er novembre 2010 jusqu’au 30 mars 2011. Quatre régions de la métropole ont pu être analysée complètement :
- L’Ile de France (75, 77, 78, 91, 92, 93, 94, 95)
- La Bourgogne (21, 58, 71, 89)
- La Franche Comté (25, 39, 70, 90)
- Le Rhône-Alpes (01, 07, 26, 38, 42, 69, 73, 74)
Les données météo ont été fournies par Météo-France, et l’étude s’est basée sur différents indicateurs :
- La mortalité toute cause (données Insee)
- Le passage aux urgences et appels à SOS Médecin pour différents motifs (données SurSaUD)
- Le taux de traumatismes (données de 3 hopitaux : Cochin, Fontainebleau et Annecy)
- Le nombre d’intoxications au monoxyde de carbone (CO) (données Siroco)
Les résultats de l’étude démontrent :
- Aucune évolution notable n’a été constaté pour la mortalité et la morbidité (hors traumatismes), en dehors des intoxications au monoxyde de carbone, et d’hypothermie. Les pics d’hypothermies ont été recensés sur des effectifs faibles, et doivent donc être confirmés.
- Une augmentation notable des traumatismes a été observée dans les 4 régions, pendant les épisodes de neige-verglas (voir figure 1, BEH n°3 de 2013)
- De plus, une enquête téléphonique a été réalisée auprès des victimes identifiées par le service d’urgence. Elle a confirmé que 88% des victimes avaient effectivement été victimes du verglas. La plupart ont chuté immédiatement en sortant, car le verglas était peu visible. La moitié d’entre elles a considéré que la chute était évitable (si elles avaient été prévenues par leurs proches ou avaient pu sortir l’après-midi). Parmi les personnes interrogées, 90% ne connaissaient ni ne suivaient les recommandations de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes) : porter des chaussures adaptées, éviter les sorties matinales.
Que penser de cette études ?
Les auteurs ne s’en cachent pas, il existe un certain nombres de biais pour cette étude :
- En Rhône Alpes, une partie des traumatismes peut être due à la période touristique et la pratique de sport d’hiver
- D’un autre côté, les données ont peut être été sous estimées dans certains départements où le recueil des donnés n’est pas entièrement exhaustif.
- De plus, la difficulté à définir la période étudiée et la période de référence, rend les comparaisons délicates.
Je pense également que certaines données auraient pu être prises en compte :
Certains épisodes neigeux ou de verglas ont eu lieu pendant les vacances scolaires, et d’autre non. On voit sur le graphique (Figure 1) que les épisodes en dehors des périodes de vacances sont plus accidentogènes, ce qui est certainement du au fait qu’il est plus facile de repousser une sortie pendant les vacances.
Enfin, l’étude rappelle que pendant l’hiver 2011-2012 il a été constaté une surmortalité au niveau national de plus de 6000 décès (soit +13%) principalement chez les personnes de plus de 85 ans. Cette surmortalité, non retrouvée en 2010-2011 est surement due à une vague de froid plus intense, plus longue, mais également à l’épidémie de grippe (il faudrait d’ailleurs documenté un lien possible entre la survenue des épisodes de froid et le pic épidémique de la grippe).
Les auteurs concluent leur travail en rappelant que l’augmentation des traumatismes était due à des accidents évitables, et qu’il semblerait nécessaire de mieux avertir et prévenir la population.
Si sur ce point, l’épisode de froid 2012-2013 leur donne raison au vu de la couverture médiatique du froid hivernal, il me semble regrettable qu’il n’y ait pas eu suffisamment d’information au public concernant les recommandations de l’Inpes afin d’éviter les chutes.
Source : BEH – Bulletin épidémiologique hebdomadaire n°3/2013